Voyager 1 murmure encore, à 24 milliards de kilomètres
Lancée en 1977, la sonde envoie toujours un signal plus faible qu'une ampoule de réfrigérateur. Récit d'une longévité improbable.
Par Camille Ferrand · 12 mars 2026 · 7 min de lecture

Le signal arrive avec près de vingt-deux heures de retard. Quand les antennes du Deep Space Network captent enfin la voix de Voyager 1, l'information qu'elles reçoivent a quitté la sonde la veille, alors que la Terre dormait encore d'un autre côté du Soleil.
Lancée le 5 septembre 1977, la sonde devait durer cinq ans. Elle en a passé près de cinquante. Sa puissance d'émission est ridicule : moins de vingt-trois watts au départ, une fraction de cela aujourd'hui, étalée sur des milliards de kilomètres avant d'atteindre nos paraboles.
Ce qui la maintient en vie, ce n'est pas un panneau solaire — à cette distance, le Soleil n'est qu'une étoile un peu plus brillante que les autres — mais trois générateurs thermoélectriques à radioisotope. Le plutonium 238 qu'ils contiennent chauffe, et cette chaleur devient courant. Chaque année, la sonde perd environ quatre watts.
Les ingénieurs vivent donc avec une arithmétique cruelle : il faut éteindre un instrument pour en garder un autre. Les caméras ont été coupées en 1990, juste après le célèbre « point bleu pâle ». Les chauffages non essentiels ont suivi. Chaque coupure gagne quelques mois.
En 2024, la sonde a traversé une crise sérieuse : elle répondait toujours, mais n'envoyait qu'un flot de données incompréhensibles. Une puce mémoire défaillante était en cause. L'équipe a réécrit le code du calculateur, morceau par morceau, pour le loger ailleurs dans une mémoire conçue à l'époque des cartes perforées.
Voyager 1 se trouve désormais dans le milieu interstellaire, au-delà de l'héliopause, cette frontière où le vent solaire cède la place au plasma galactique. Elle mesure encore la densité de ce plasma, une donnée que rien d'autre ne peut fournir.
Vers le milieu des années 2030, la puissance disponible tombera sous le seuil minimal. La sonde continuera sa route en silence, sans jamais rien heurter, pendant des dizaines de milliers d'années. Elle emporte un disque d'or gravé de salutations en cinquante-cinq langues, dont aucune, statistiquement, ne sera jamais entendue.
À lire aussi dans « Cosmos »

Pourquoi la Lune s'éloigne de nous de 3,8 cm par an
Les marées freinent la Terre et poussent la Lune vers l'extérieur. Un mécanisme lent, mesuré au millimètre depuis Apollo.
Camille Ferrand · 28 février 2026 · 6 min
AbonnésNuits noires : où voir encore la Voie lactée en France
Cartes de pollution lumineuse, réserves de ciel étoilé, matériel minimal et méthode pour une première nuit d'observation réussie.
Noé Villard · 3 mars 2026 · 9 min